La politique migratoire de la Belgique vue par des migrants économiques

03/12/2008

Ce mercredi à Bruxelles, la Fondation Roi Baudouin et le Centre pour l’égalité des chances et le lutte contre le racisme ont organisé leur troisième conférence-débat consacrée à la politique belge de migration économique. Cette conférence concluait un cycle de trois conférence à travers lesquelles les organisateurs ont voulu offrir un forum à toutes les parties intéressées pour examiner  la politique que notre pays devrait mener en cette matière.


Le point de départ était qu’une politique de migration économique doit mener à une situation de triple bénéfice : tant pour les besoins du marché belge que dans ses conséquences pour les pays d’origine, ainsi que pour les migrants eux-mêmes. La vision de ceux-ci était au centre de la troisième conférence-débat.

La voix des migrants est généralement peu ou pas entendue dans le débat sur la migration. Pour alimenter cette dernière conférence-débat, une enquête a été réalisée à l’initiative des deux organisations partenaires. Ses objectifs : appréhender les sentiments qui animent les migrants et fournir des éléments pour des recherches ultérieures. Quelles sont les attentes et les préoccupations des personnes qui émigrent pour des raisons économiques ? Comment voient-ils la politique migratoire de la Belgique ?

Il s’agit de 28 interviews en profondeur réalisées auprès de personnes qui sont venues en Belgique surtout pour des motifs économiques. Il a été tenu compte de la diversité régionale, d’une proportion hommes-femmes et d’une répartition équilibrée entre personnes hautement qualifiées, métiers en pénurie et personnes qui ont été régularisées après une période de séjour illégal. Les questions qui leur ont été soumises sont en partie basées sur les thèmes qui se sont dégagés lors des deux premiers débats, plus tôt dans l’année. 

La conférence n’a pas seulement pris connaissance des résultats de cette enquête, mais elle a aussi permis à la Ministre de la Migration et de la politique de l’Asile d’y apporter une première réaction, tout comme un panel de migrants.


Un meilleur accès à l’information

Une des conclusions principales de cette enquête est la demande d’une information plus accessible sur les canaux légaux de migration. Tant la Ministre Turtelboom que le panel de migrants ont reconnu qu’il s’agit là d’un point clef. Une solide politique de migration économique ne nécessite pas seulement une bonne législation mais doit aussi s’appuyer sur une information concrète et suffisante, dès avant le départ, sur le séjour, l’accès au marché du travail, les soins de santé, etc. en Belgique. Si l’on veut que la législation sur la migration économique ne reste pas lettre morte, il faut fournir à l’avance aux migrants une information satisfaisante.

Il est aussi à noter que les migrants hautement qualifiés, surtout, ne se sentent pas toujours les bienvenus en Belgique. Le manque d’informations accessibles est les procédures administratives complexes rendent plus difficiles leur orientation sociale et insertion socioprofessionnelle efficace.


Combattre la migration illégale

La majorité des migrants interrogés trouvaient en effet normal que la migration illégale soit combattue. Mais seulement une minorité d’entre elles estime que des migrants doivent être rapatriés de force. La lutte contre la migration illégale doit être plutôt menée en informant les candidats à la migration de manière efficace et en ouvrant de nouveaux canaux légaux pour la migration. Tant la Ministre Turtelboom que le panel des migrants ont confirmé, lors de la conférence-débat, qu’il s’agit là d’une lutte partagée.


Ouvrir les frontières à plus de migration économique ?

La plupart des migrants interrogés ne comprennent pas comment la Belgique réussirait à attirer davantage de migration économique voulue, étant donné la climat général défavorable vis-à-vis de la migration et des migrants. Il leur semble plus logique d’amener au travail les nombreuses personnes d’origine étrangère déjà présentes mais qui ne travaillent pas, en organisant des formations ou en accordant des permis de travail. Le panel de migrants présents a confirmé cette conclusion.
 
L’enquête indique aussi que les fonctionnaires des services compétents (ambassades, etc.) ne donnent pas l’impression que la Belgique souhaite vraiment attirer davantage de migrants. Le fait qu’il soit si difficile, à l’heure actuelle, d’obtenir un permis de travail ou de séjour rend tout à fait incompréhensible, aux yeux de beaucoup de personnes interrogées, que la Belgique songe éventuellement à attirer plus de migrants.

La ministre Turtelboom, de son côté, a souligné la nécessité d’une migration économique pour répondre au vieillissement de la population et pourvoir aux postes de travail qui ne sont pas remplis. Le choix d’une migration économique légale peut contribuer à trouver un équilibre entre l’offre et la demande sur un marché de l’emploi toujours plus global.


Ratifier la Convention de 1990 ?

La Ministre de la Migration et de la Politique d’asile Annemie Turtelboom s’est dite prête à rouvrir le dossier de la ratification de la Convention des Nations Unies sur les droits des travailleurs migrants et des membres de leurs familles, convention qui date de 1990 et qu’aucun Etat développé du Nord n’a encore ratifié. Elle n’y voit a priori aucun élément choquant ou obstacle insurmontable. Elle souhaiterait pouvoir mettre ce sujet sur la table des ministres européens.

Le professeur de la KUL Leuven Marie-Claire Foblets, qui a évalué l’impact juridique d’une ratification, s’est réjouie de cette ouverture, y voyant el signe supplémentaire de l’émergence d’un nouveau climat. Comme d’autres intervenants, elle a souligné que la Belgique poserait un geste symbolique très fort en prenant la tête sur le chemin d’une ratification.


Conclusion générale

Le Centre pour l’Egalité des Chances et la Lutte contre le Racisme et la Fondation Roi Baudouin estiment qu’il faudrait davantage investir dans la consultation de migrants pour élaborer une politique de migration.

L’expérience des migrants peut de toute manière contribuer à développer une politique d’immigration plus réaliste.
Les actes des trois conférences, incluant des recommandations, seront remis début 2009 aux ministres compétents.

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